LabCom SAFER : dix ans de recherche pour développer des antifouling sans biocide

LabCom SAFER : dix ans de recherche pour développer des antifouling sans biocideIl y a 10 ans naissait le LabCom SAFER, un partenariat de recherche structurant entre le Laboratoire de Biotechnologie et Chimie Marine (LBCM) de l’Université Bretagne Sud et l’entreprise Nautix, basée à Guidel. Leur objectif commun : développer des solutions sans biocides pour les revêtements antifouling.

Le biofouling est un processus naturel : dès qu’un objet est plongé dans l’eau de mer, la nature reprend ses droits. De la bactérie invisible à l’œil nu aux algues et aux coquillages, un véritable écosystème s’installe en quelques jours. Pour le nautisme, c’est un problème. Un revêtement colonisé diminue les performances, en plus de favoriser le déplacement d’espèces potentiellement invasives.

Pour lutter contre ce phénomène, les bateaux utilisent des revêtements antisalissures, ou antifouling. Mais certains de leurs composants peuvent être toxiques pour l’environnement marin. La réglementation s’est donc durcie pour encadrer leur composition.

C’est dans ce contexte que le LBCM et Nautix, entreprise morbihannaise spécialisée dans la formulation et la production de peintures marines, ont structuré leur collaboration en 2016 avec la création du LabCom SAFER. Le LBCM est aujourd’hui le seul laboratoire breton à étudier le biofilm et à développer des solutions antifouling écoresponsables.

 

30 ans de collaboration

Remettons les pendules à l’heure : si le LabCom est né en 2016, il venait structurer une collaboration établie depuis plusieurs années entre les chercheurs du LBCM et Nautix, pour concevoir des peintures marines antisalissures avec un impact environnemental très faible, voire nul. Reste que la formalisation de ce partenariat particulier est une étape importante, que les partenaires ont souhaité célébrer. En juillet, ils se sont retrouvés à Lorient, au centre de recherche, pour retracer l’histoire.

Le LabCom – pour laboratoire commun – est un dispositif financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), qui associe laboratoire de recherche public et entreprise, pour collaborer et innover ensemble et sur la durée. « Jusque-là on fonctionnait par opportunité » détaille Maxime Delbury, directeur général de Nautix. « Le dispositif LabCom nous a imposé de dresser une feuille de route structurée. »

La trajectoire partagée par les deux partenaires : celle d’une réduction puis d’une disparition des biocides.

Collaboration fructueuse

« Ce LabCom nous a donné les moyens de pousser plus loin la recherche » se souvient Karine Vallée, enseignant-chercheur en chimie au LBCM. Parmi les réalisations emblématiques, le « gyrofoul », un outil qui permet de tester les revêtements antifouling en conditions dynamiques. « Jusque-là, on testait sur des plaques fixes. Maintenant, on est doté d’un outil qui reproduit la dynamique d’un navire. Ça a changé la donne. »

Fabrice Azémar a démarré sa thèse au LBCM au moment où naissait le LabCom Dix ans plus tard, il mesure le chemin parcouru. « Il existait des choses dans la littérature, mais c’était très incomplet. On a pu acquérir de bonnes connaissances et passer de l’échelle laboratoire à l’échelle industrielle. »  Le LBCM est aujourd’hui reconnu mondialement dans le domaine.

 

 

Pour Nautix, les bénéfices sont très concrets. « Pour une PME comme la nôtre, l’accès à la connaissance coûte très cher. Grâce à ce partenariat, on peut jouer dans la cour des grands », souligne Maxime Delbury.

Les recherches menées avec le LBCM ont notamment permis à l’entreprise d’obtenir des autorisations de mise sur le marché et de mieux répondre aux nouvelles exigences réglementaires.

Mais l’apport du LabCom ne se résume pas à faciliter l’accès au marché. Il agit aussi sur la trajectoire même de l’entreprise.

« C’est une spirale vertueuse, car ce partenariat nous oblige : si on veut pouvoir continuer à collaborer avec les scientifiques du laboratoire, il faut viser la même chose, c’est-à-dire un monde sans biocide », explique Maxime Delbury.

Autrement dit, la recherche ne permet pas seulement à Nautix de répondre aux évolutions de la réglementation : elle l’encourage à anticiper ces évolutions et à poursuivre ses efforts pour développer des solutions sans biocide.

 

 

Crédits photographiques : ©Université Bretagne Sud. Service Communication