Habilitation à Diriger des Recherches - Matthieu CHILLAUD
Habilitation à Diriger des Recherches - Matthieu CHILLAUDMatthieu CHILLAUD, en vue de l’obtention de l'Habilitation à Diriger des Recherches, spécialité « HISTOIRE », présentera ses travaux intitulés : Les pérégrinations d'un historien en stratégie. De la mer Baltique au sanctuaire national, le 2 octobre 2026 à l'Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan.
Date 02/10

Résumé
Les pérégrinations d’un historien en stratégie. De la mer Baltique au sanctuaire national.
Ce mémoire inédit de HDR est une analyse approfondie de la vie et de la pensée du général Lucien Poirier (1918-2013), figure centrale mais mal connue de la pensée stratégique française contemporaine. Souvent qualifié de dernier des « quatre généraux de l’Apocalypse », Poirier, réputé pour son écriture dense, sinueuse et aride, a forgé les bases théoriques de la dissuasion nucléaire française, notamment la doctrine du « faible au fort ». Son itinéraire est marqué par une contradiction constante entre, d’une part, une puissance intellectuelle hors norme et, d’autre part, une carrière militaire semée d'embûches. La trajectoire de Lucien Poirier n'est pas celle d'un officier classique. Elle se construit sur une série de traumatismes historiques (1939, Indochine, Suez, Algérie) qui servent de catalyseurs à sa réflexion. Fait prisonnier seulement deux semaines après son baptême du feu en octobre 1939, Poirier passe l'essentiel de la Seconde Guerre mondiale interné. Cette période constitue une période exceptionnelle durant laquelle il va développer sa réflexion intellectuelle. En Indochine puis en Algérie, il devient un expert de la guerre subversive et de l'action psychologique. Au début des années 1960, pressentant la fin de l'ère coloniale, il opère une « conversion » vers l'atome, qu'il étudie avec une grande rigueur. C’est au Centre de prospective et d’évaluations (CPE), nouvelle organisation créée en 1964, que Poirier théorise la doctrine nucléaire française. Contrairement aux puissances fortes (USA/URSS), une puissance moyenne n'a pas besoin de parité. Il suffit d'infliger des dommages supérieurs à la valeur de l'enjeu représenté. La dissuasion n'est pas un rapport de forces physiques, mais un effort pour rendre l'agression irrationnelle dans l'esprit de l'adversaire. Mais Poirier connaît des déboires lesquels s’expliquent, non seulement, par ses prises de position iconoclastes sur l’utilisation de l’armement nucléaire tactique à contre-courant de celles de nombreux généraux de l’armée de Terre (d’aucuns, attachés aux doctrines conventionnelles et au nucléaire tactique, le percevaient comme un « homme dangereux ») mais aussi par des échecs initiaux au début de sa carrière. Il n'obtient ses étoiles de général de brigade qu'en 1974, in extremis, sous condition de démission, et grâce à des appuis politiques. Il va parachever sa carrière de militaire d’active dans un think tank atypique, la Fondation pour les études de défense nationale, tout en enseignant dans le monde académique. Après la fin de la Guerre froide, Poirier continue inlassablement à réfléchir aux questions stratégiques et à promouvoir la dissuasion nucléaire.
Mots-clés : Général Poirier, Stratégie, Guerre psychologique, Armes nucléaires, Dissuasion, Prospective, Université
Abstract
The Wanderings of a Historian of Strategy. From the Baltic Sea to the National Sanctuary.
This unpublished thesis submitted as part of Matthieu Chillaud’s HDR (Habilitation à diriger des recherches) is an in-depth analysis of the life and thought of General Lucien Poirier (1918-2013), a central yet little-known figure in contemporary French strategic thought. Often referred to as the last of the "four horsemen of the Apocalypse", Poirier, renowned for his dense, complex, and dry writing, forged the theoretical foundations of French nuclear deterrence, notably the “weak-to-strong” doctrine. His trajectory is marked by a constant contradiction between, on the one hand, extraordinary intellectual power and, on the other, a military career fraught with obstacles. Lucien Poirier’s trajectory is not that of a conventional officer. It is built upon a series of historical traumas (1939, Indochina, Suez, Algeria) that served as catalysts for his reflection. Taken prisoner just two weeks after his baptism of fire in October 1939, Poirier spent most of World War II as a POW. This was an exceptional period during which he developed his intellectual reflections. In Indochina and then in Algeria, he became an expert in subversive warfare and psychological action. In the early 1960s, he underwent a “conversion” toward the atomic age, which he studied with great rigor. It was at the Center for Forecasting and Evaluation/Centre de prospective et d’évaluations (CPE), a new organization set up in 1964, that Poirier theorized the French nuclear doctrine. Unlike superpowers, a middle power does not need parity. It is enough to inflict damage that outweighs the value of the stake. Deterrence is not a physical balance of power, but an effort to make aggression irrational in the mind of the adversary. However, Poirier experienced setbacks. These can be explained not only by his iconoclastic stances on the use of tactical nuclear weapons – which went against the grain of many Army generals (some, attached to conventional doctrines and tactical nuclear weapons, perceived him as a “dangerous man”) – but also by initial failures early in his career. He did not earn his brigadier general stars until 1974, in extremis, on the condition of immediate resignation, and thanks to political backing. He completed his active military career in an atypical think tank, the Fondation pour les études de défense nationale, while teaching in the academic world. After the end of the Cold War, Poirier continues to reflect tirelessly on strategic affairs and remains a steadfast advocate of nuclear deterrence.
Keywords: General Poirier, Strategy, Psychological warfare, Nuclear weapons, Deterrence, Foresight, Academia
Membres du jury
- Dr Paul VILLATOUX, rapporteur avant présentation, Maître de Conférences HDR, Université Catholique de l'Ouest, Antenne de La Réunion
- Pr Sabien JANSEN, rapporteur avant présentation, Professeure des Universités, CNAM Paris, LIRSA UR 4603
- Dr Isabelle DAVION, rapporteur avant présentation, Maître de Conférences HDR, Sorbonne Université, SIRICE UMR CNRES 8138
- Pr Jean-François KLEIN, Garant, Professeur des Universités en détachement à l'Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, CReC, TEMOS CNRS UMR 9016
- Pr Béatrice HEUSER, examinatrice, Professeure des Universités, Université de Glasgow en détachement l'Académie de commandement de la Bundeswehr, Allemagne
- Pr Jean-Vincent HOLEINDRE, examinateur, Professeur des Universités, Université Paris-Panthéon-Assas
- Pr Oivier ZAJEC, examinateur, Professeur des Universités, Université Lyon 3 Jean Moulin
- Dr Hervé PIERRE, examinateur, Général de Division, Université Paris-Panthéon-Assas
Informations pratiques
2 octobre à 13h45
Académie Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan
Amphithéâtre CReC
GUER
Crédit photographique : ©Université Bretagne Sud. Service Communication













