Face à l'IA, « l'université est la salle de musculation du cerveau »
Face à l'IA, « l'université est la salle de musculation du cerveau »Face à l'essor de l'intelligence artificielle, quelles compétences les futurs juristes doivent-ils développer ? À l'occasion de sa rentrée solennelle, la Faculté Droit & Science Politique de l'UBS a ouvert le débat autour des usages de l'IA, de ses limites et de la place essentielle de l'esprit critique.

Comment utiliser l'intelligence artificielle sans cesser de réfléchir par soi-même ? C'est autour de cette question que s'est déroulée, le 17 septembre dernier, la rentrée solennelle de la Faculté Droit & Science Politique de l'Université Bretagne Sud.
Devant les étudiants, quatre intervenants ont croisé leurs regards sur un sujet qui transforme déjà les pratiques professionnelles, la recherche et l'enseignement supérieur : l'intelligence artificielle.
Une révolution qui interroge la façon d'apprendre
En ouverture, le Doyen de la Faculté, Anne-Sophie Lamblin Gourdin, a rappelé que l'IA touche désormais tous les secteurs d'activité, y compris l'université. Souvent présentée comme un véritable "tsunami" pour le monde de la formation, elle soulève de nombreuses interrogations sur les manières d'apprendre, de raisonner et de construire ses connaissances.
Si ces outils offrent des possibilités nouvelles, avec des apprentissages plus interactifs et plus personnalisés, ils invitent également à la vigilance. Les neurosciences montrent notamment que le recours systématique à des solutions toutes faites peut limiter l'effort cognitif nécessaire à une mémorisation durable.
Pour Anne-Sophie Lamblin-Gourdin, il ne s'agit donc plus de se demander s'il faut former les étudiants à l'IA, mais plutôt de réfléchir à la manière de le faire.
Comment continuer à transmettre les connaissances ? Comment développer les capacités d'analyse et le sens critique ? Que signifie aujourd'hui « penser avec l'IA » ?
Des questions qui concernent autant les enseignants que les étudiants.
Elle a également souligné que la recherche s'empare elle aussi de ces enjeux et que la construction d'une gouvernance internationale de l'intelligence artificielle constitue désormais un défi majeur. Dans cette réflexion, le droit et la science politique ont un rôle essentiel à jouer.
Préserver ses capacités de réflexion
Prenant la suite des échanges, Emmanuel Frénod, vice-président de l'UBS en charge du Pilotage, Système d’Information et Intelligence Artificielle et professeur de mathématiques, a insisté sur la nécessité de conserver une distance critique vis-à-vis des outils numériques.
Son conseil aux étudiants : adopter une véritable hygiène de vie numérique. Cela passe notamment par des moments réguliers sans écrans, sans intelligence artificielle et sans recherche permanente de performance.
« Les algorithmes nous dépasseront toujours sur certains aspects », a-t-il rappelé en substance. L'enjeu n'est donc pas de rivaliser avec la machine, mais de préserver ce qui fait la spécificité humaine : la réflexion, le jugement et l'esprit critique.
L'IA au service des juristes
La conférence s'est ensuite tournée vers les usages concrets avec l'intervention de Annabel Quin, maîtresse de conférences en droit privé.
Après avoir rappelé l'importance d'apprendre à raisonner par soi-même et à confronter les points de vue, elle a présenté plusieurs applications de l'intelligence artificielle dans le domaine juridique. Connectée à des bases de données et ressources spécialisées telles que Légifrance ou Justice Libre, l'IA peut faciliter certaines tâches de recherche et d'analyse documentaire.
Elle peut également assister les étudiants et les professionnels dans la rédaction de fiches d'arrêt, la vérification de références ou encore l'organisation d'un raisonnement juridique.
Mais là encore, la prudence reste de mise. Vérifier les résultats, exiger les sources, tester la solidité des réponses et utiliser l'outil comme un contradicteur figurent parmi les bonnes pratiques évoquées. Car si l'IA reproduit souvent efficacement la forme du raisonnement juridique, elle ne remplace ni l'expertise ni l'analyse humaine.
« L'université, c'est la salle de musculation du cerveau »
Dernière intervenante de la matinée, Anne Grandjean, directrice juridique chez Eureden, a apporté le regard du monde professionnel.
Face à des outils capables de produire rapidement des contenus élaborés, elle a rappelé une question essentielle : qui a déjà vérifié ce que l'IA a produit ?
S'adressant directement aux étudiants, elle a défendu le rôle fondamental de l'université dans le développement des capacités de réflexion, d'analyse et de créativité. Une conviction résumée par une formule qui a marqué l'auditoire : « L'université, c'est la salle de musculation du cerveau. »
Pour les futurs juristes, la maîtrise des outils numériques est importante. Mais elle ne saurait remplacer les compétences qui sont au cœur de leur formation : comprendre, argumenter, vérifier, décider et exercer leur jugement.
Former les juristes de demain
Au-delà des démonstrations et des échanges, cette rentrée solennelle a surtout permis d'ouvrir une réflexion collective sur la place de l'intelligence artificielle dans les études de droit et de science politique.
Car si l'IA s'impose progressivement dans les pratiques professionnelles, elle rend plus que jamais indispensable le développement des compétences qui fondent la formation universitaire : l'esprit critique, la rigueur de l'analyse et la capacité à penser par soi-même.
Crédits photographiques : ©Université Bretagne Sud. Service Communication












































