Résidence artistique 2026 – Une rencontre au-delà de la performance
Résidence artistique : l'UBS accueille Yseult YZ Digan et La Compagnie Le PôlePour cette édition 2026 de sa résidence d’artiste, l’Université Bretagne Sud a accueilli non pas un mais trois artistes : Yseult YZ Digan, street-artiste, et la compagnie de danse Le Pôle, composée de Katell Hartereau et Léonard Rainis. Ensemble, ils et elles ont tenté, avec la communauté universitaire, d’apprivoiser la notion de « performance ».

Habituée à voir évoluer l’œuvre d’un seul artiste soliste, l’UBS a voulu changer ses règles et proposer une formule différente cette année. À travers cette collaboration artistique, ce sont deux milieux créatifs qui se sont rencontrés pour explorer la notion de performance.
Et si pour la compagnie, l’idée de travailler et de s’adresser à la jeunesse fut le déclic pour s’engager dans ce projet, c’est la recherche d’un ancrage territorial qui a poussé Yseult à rejoindre l’aventure.
Un trio aux frontières de la performance
« Notre première rencontre avec Yseult date de 2020 » retrace Léonard. « Ce qui nous avait marqué, c’est que nos arts parlaient le même langage. » De ce premier échange, va naitre entre eux l’envie de réitérer un travail créatif et d’exprimer la notion d’humanité qui se retrouve dans leurs œuvres respectives. « On avait le même processus de réflexion sur la thématique de performance. »
Car être artiste, c’est se confronter indéniablement à la réalisation d’un geste ou bien encore à une certaine idée de la réussite faisant résonner l’imaginaire que nous portons à propos de la performance. À la question de cette symbolique, leurs réponses ont fait écho à la notion d’immédiateté du geste, d’une volonté de se libérer, d’aller au-delà du cartésien dans sa manière d’agir mais aussi à une volonté à ramener une forme de lenteur de son exécution. « Si on cherche une forme de performance face à nos enjeux sociétaux, on devient très, très fragile. A l’inverse, revenir à une forme de lenteur et à des choses beaucoup plus simples nous amène à une robustesse. » observe Yseult YZ Digan
C’est donc dans un format atypique, que ce trio artistique a vécu son année universitaire. Leur processus de création s’est construit de manière assez naturelle. Des espaces de réflexion se sont créés, laissant place à la discussion. Rapidement leur souhait de créer et de faire rencontrer deux productions mêlant danse et art plastique à travers l’expérimentation s’est très vite imposé.
« La performance artistique est un acte proposé qui n’est pas reproductible. » La Compagnie Le Pôle
A la rencontre de la jeunesse
Au cœur de ce projet artistique : les étudiants et les étudiantes. Cette connexion entre les Générations a permis aux artistes d’aborder la notion de performance à travers leur point de vue et leur expérience de cette résidence. Pour la compagnie le Pôle, il s’agissait de déconstruire un dictat bien ancré, celui du conformisme. Au travers d’ateliers, Katell et Léonard ont invité les étudiant·e·s à oublier l’injonction de la réussite du geste parfait, et à proposer une forme plus instinctive. Oublier le beau pour se rapprocher de la performance brute.
« Parfois un état de présence, un geste suffit. Nous, on propose des cadres, des directions, mais nous ne disons jamais quel geste faire. Il s’agit bien de leur mouvement. Tout vient d'eux. » explique La Compagnie Le Pôle
Cette notion de détachement a également été explorée par Yseult au cours des ateliers d’écritures automatiques. Ici aussi, pour les participant.es, il s’agissait de lâcher prise. Écrire sans chercher à correspondre aux normes, et proposer quelque chose de « laid ». En se libérant d’une pensée unique, l’imaginaire se libère et peut proposer quelque chose de différent.
« S'il y a une seule essence, elle s'appauvrit » détaille Yseult Digan. « Alors que si nous sommes tous différents et que nous sommes dans l'expression de notre être le plus profond, une richesse incroyable émerge. »
Deux œuvres artistiques liées
De cette résidence artistique, deux productions sont nées. Une fresque murale de portraits a été réalisée par Yseult Digan sur la façade de la nouvelle salle d’art et sport Le BlocK et « une performance » unique, dansée par les étudiant·es et travaillée lors des ateliers chorégraphiques de la compagnie Le Pôle.
La fresque d’Yseult YZ Digan représente les portraits d’étudiant·e·s de l’UBS, saisis dans l’effort à la suite d'un atelier de danse menée par Katell et Léonard. À travers cette projection picturale, Yseult met en tension deux conceptions de la performance sportive et artistique. Elle nous invite à réfléchir sur ce qui se joue sur le corps une fois en action, entre mesure et ressenti, efficacité et expression, à la limite du point de rupture.
« Quand j'ai pris en photo et en vidéo les étudiants lors des ateliers de Katell et Léonard, ils avaient déjà cet essoufflement et faisaient ressortir cette notion d'effort à travers le corps. Est alors venue en moi, l’idée de pousser encore un peu plus la performance en essayant de portraitiser cet espace d'effort. » Yseult YZ Digan
Quant à la « performance dansée » de la compagnie Le Pôle, elle a été co-construite avec les étudiant·e·s au fil de huit ateliers. Ici, le terme « performance » prend tout son sens : chaque geste, chaque décision des danseurs et danseuses naît dans l’instant, sous vos yeux. Aucune représentation ne se répétera à l’identique, car c’est une improvisation et la liberté du mouvement qui guident ces corps et ces esprits, longuement préparés pour cet exercice. Contrairement à la performance sportive, il ne s’agit pas de chercher l’exploit, mais de bien mobiliser tout son être, corps et esprit confondus, pour vivre pleinement cet effort créatif.
« L’idée n’était pas de les enlaidir mais de voir ce qu'il y a derrière la danseuse. De voir leurs féminités, leurs failles, leurs faiblesses, leurs doutes. Et quand il y avait un lâché prise, c'est super beau parce qu'on sent que c'est fragile. Nous les invitions à se confronter à l'inconnu. Pas forcément dans l'inconfort, mais à l'inconnu. Et en tous cas, à une liberté qu'elles n'avaient pas l'habitude d'avoir. » La Compagnie Le Pôle
De cette résidence artistique à la restitution, une rencontre entre les étudiant·e·s et les artistes s’est créée. En cherchant à vouloir revisiter la notion de performance, c’est la notion même de l’être qui a été questionnée et que nous avons pu découvrir par la performance de nos étudiant·e·s sur scène et sur les murs.
L'Université Bretagne Sud : un lieu de création artistique
Depuis 2010, l’Université Bretagne Sud, à travers son service Culture et Vie des Campus, accueille des artistes en résidence dans divers domaines. Ces résidences intègrent l’art au cœur de la vie des campus, offrant aux étudiants, enseignants et personnels l'opportunité de rencontrer des artistes et de participer à des projets de création.
Crédit photographique : ©Université Bretagne Sud. Service Communication et Service Vie Étudiante














