Le roman historique, origines et renouveaux. Enjeux esthétiques et idéologiques

Colloque - Le roman historique, origines et renouveaux. Enjeux esthétiques et idéologiquesIsabelle Durand, Pauline Pilote et Patricia Victorin organisent les 29 et 30 avril à Lorient un colloque sur le thème du roman historique. Il s'agira de réfléchir à l'histoire du genre du XIXè siècle à aujourd'hui et de comparer ses manifestations dans les ères anglophones et francophones pour en saisir les évolutions et renouveaux.

Le roman historique, origines et renouveaux. Enjeux esthétiques et idéologiques

Le roman historique constitue actuellement un genre extrêmement prolifique, qui touche un large public, et rencontre un succès grandissant. Répondant à une curiosité pour les époques passées ainsi qu’à un désir de dépaysement et de distraction, le roman historique doit satisfaire à des exigences parfois contradictoires. La diversité des attentes explique en partie l'aspect protéiforme du roman historique, érudit ou populaire, novateur ou stéréotypé, divertissant ou didactique... Le genre se constitue au XIXe siècle, à partir de l’œuvre de Walter Scott dont les Waverley Novels constituent un modèle pour toute une génération de romanciers. Contemporaine de l’émergence de la discipline historique, qui se détache des Belles-Lettres, l’apparition du roman historique vient répondre à une attente du lectorat. Le roman historique devient rapidement un genre à grande diffusion auquel s’essaient les grands noms du romantisme (en France, Dumas, Vigny, Hugo…) aussi bien que de plus obscurs prosateurs. Le « siècle de l’histoire » est aussi celui du roman historique, dont l’ambition dépasse celle de distraire les lecteurs par des aventures teintées de couleur locale : il s’agit pour beaucoup d’écrire l’histoire, avec une ambition didactique, mais aussi idéologique. En effet, pour les romanciers, parler d’hier est bien souvent une manière de penser aujourd’hui. A partir de cette apparition, on constate que le roman historique ne cesse d’occuper une place de choix dans la production littéraire : il accompagne en effet le réalisme, le naturalisme, croise ensuite les grandes crises du XXe siècle que sont les deux guerres mondiales, dont il rend compte, aux côtés des analyses des historiens et des témoignages individuels. Tout au long de son évolution, le roman historique poursuit son ambition qui est de rendre compte, à sa manière, des événements du passé. Proposant une vision alternative à celle de la discipline historique, elle aussi marquée par des évolutions qui vont voir émerger progressivement sa scientificité, le roman historique continue de raconter des histoires qui croisent la grande Histoire et en proposent une vision partielle et subjective. L’un des problèmes du roman historique se trouve d’ailleurs dans l’articulation entre l’aventure individuelle des personnages et le destin collectif d’un groupe ou d’une nation : lorsqu’ils sont simplement juxtaposés, l’histoire n’est plus qu’un cadre pittoresque pour une histoire personnelle indépendante du contexte. A l’inverse, la fiction se met parfois au service de l’histoire pour en proposer une représentation originale et incarnée. Par sa liberté et son absence d’exigence d’exhaustivité et d’objectivité, le roman historique peut fournir des éléments de réflexion historique, par exemple en adoptant le point de vue des vaincus ou des oubliés de l’histoire, pratique dont l’historien Reinhart Koselleck souligne le gain historique[1]. L’intérêt toujours renouvelé depuis le XIXe siècle pour le roman historique témoigne encore aujourd’hui du succès de ce genre qui navigue entre littérature scientifique et littérature populaire, dont ce colloque se propose d’interroger les contours et les réécritures depuis le XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui et en dépassant les frontières du cadre occidental.

Informations pratiques

29 et 30 avril 2020

Lorient